Dans mon métier je soulève 2 tonnes par jour Pour celles qui connaissent mes origines marseillaises, je vous entends déjà : « Elle nous fait une galéjade, la Marie, c’est comme l’histoire de la sardine qui a bouché le port ! »

Et bien, croyez-moi la sardine a bien bouché le vieux port tout comme je vous affirme que je soulève 2 tonnes par jour.

 

Une étude dans une crèche hospitalière a observé qu’une auxiliaire de puériculture portait en moyenne près de deux tonnes de bébés par jour pour un taux d’encadrement de 8 enfants de plus de 18 mois, estimés à 15 kg et changés 4 x fois par jour.

En extrapolant ce type de raisonnement à l’étude observationnelle de Kumagai et al, où les enfants de moins de un an sont soulevés 46 fois, on obtient un tonnage entre 368kg et 644kg pour un nourrisson de 3 mois et un tonnage de 644kg à 1104kg pour un enfant de 12 mois. Ce calcul, effectué sur un enfant unique, doit être ajusté au nombre d’enfants dont l’assistante maternelle a la charge. En effet, l’enfant est soulevé 46 fois chez les <0-1 an> pour seulement 1 fois chez les <4-5 ans>. De façon logique, plus les enfants sont petits et plus les professionnels ont un risque de lombalgie.

Cette année, j’avais en charge 3 enfants entre 6 mois et 2 ans (10 kg,12kg, 14kg, 1 enfant entre 2 et 3 ans (16kg et non autonome au niveau de la propreté). Soulevés 46 fois en moyenne, on arrive facilement à 2392 kg par jour soit plus de 2 tonnes/jour. J’ai vérifié ce chiffre de 46 fois cité un peu plus haut et je peux affirmer qu’il n’est pas surestimé, bien au contraire….je n’ai pas pris en considération les manipulations de poussettes double (18 kg) à soulever, poser  dans la voiture pour se rendre au RAM ou à l’école pour celles qui sont obligées d’utiliser leur véhicule, comme moi, soit 4 poses et 4 déposes de poussette dans le coffre = 144kg à rajouter ce qui fait grimper notre chiiffre à 2536 kg soit 2,5 tonnes/jour.

Du portage à la manutention et au rangement-nettoyage : des gestes répétitifs

Il y a le portage dans sa fonction unique de rassurer : bébé est porté tout simplement sur un temps variable selon que le bébé se calmera plus ou moins vite. Certains bébé ne s’arrêterons de pleurer que lorsqu’ils sont portés. Les plus grands seront consolés tout au long de la journée de toutes sortes d’événements pour lesquels ils ne maîtrisent pas leurs émotions. 

Il y a la manutention de l’enfant : chaise haute, lit, table à langer, toilettes, lavabos, installation dans poussette (pose + dépose de toutes ces manutentions)

Il y a aussi toutes les fois où nous nous penchons pour nettoyer et ranger (la table du repas des moyens, les chaises après le repas, la bave de bébé qui fait ses dents ou le nez qui coule toute la journée, le doudou perdu au sol, le biberon d’eau tombé par terre mille fois et tous les jouets qui traînent éparpillés dans la maison etc). Les 2 ans demandent tout autant d’effort : quand ils apprennent la propreté, c’est parfois un jeu d’aller sur les toilettes toutes les 10 mn (il faut donc les soulever, l’assistante maternelle ne disposant pas de wc adapté à la taille de l’enfant). Il faut également les relever, consoler, habiller, soulever tout au long de la journée etc… Pousser une poussette double représente en réalité 60 kg à pousser (20 kg de poussette + 25 kg d’enfants + 10kg de sac et vêtements (sac à langer pour aller au jardin avec le nécessaire pour 4 enfants, blousons, vestes, cartables…). 

Les contraintes posturales :

Les postures ressenties comme les plus contraignantes sont :

  • soulever l’enfant du sol ou de la table à langer
  • les installer et les retirer de la poussette ou du lit
  • se plier pour les aider à se laver les mains
  • les soulever pour les positionner sur les toilettes
  • se pencher lors des activités de repas ou de jeux
  • ranger le matériel, porter et transporter l’enfant
  • se pencher lors du nettoyage

Ces tâches là impliquent des postures qui exercent des forces de compressions ou de cisaillements sur les disques lombaires inférieurs. Une étude ergonomique montre qu’une axillaire de puériculture effectue une courbure du tronc supérieure à un angle de 45%, 86 fois par heure dont 18 fois avec un angle à plus de 90% lorsqu’elle range les jouets le soir. Pour limiter ces mouvements d’abaissement en continue, la professionnel travaille assise au sol afin d’être tout le temps à la même hauteur des enfants. Ces positions, inconfortables au niveau du dos et des genoux, nécessitent par ailleurs des efforts supplémentaires,  lorsque l’assistante maternelle doit se relever pour intervenir rapidement auprès d’autres enfants.

Quand la professionnelle soulève un nourrisson de 10 kg pour le poser sur la table à langer, elle exerce une pression sur son dos de 375kg. 

2000 kg c’est surement beaucoup sur une journée mais 2000 kg mal soulevés c’est infliger à notre dos une lente torture invisible et sournoise dont les dégâts passés 50 ans peuvent être irréversibles, parfois bien avant. En vérité, ce n’est pas 2000 kg que vous soulevez dans une journée mais vous imposez à votre dos, sans le vouloir ni le savoir, une pression bien plus énorme. Et là, ce n’est pas 2 tonnes en terme de pression mais des dizaines de tonnes sur une journée! La preuve ci-dessous : quand je soulève un enfant de 10kg pour l’installer dans ma voiture j’exerce une pression de 375 kg sur mes vertèbres

 

Le stress, facteur aggravant

Depuis la préhistoire, le stress a perdu de sa fonction de survie et à notre époque il génère des pathologies. Pour les assistantes maternelles, les situations potentiellement sources de stress sont nombreuses. Elles peuvent être
réparties en 3 catégories :

 les problèmes liés aux tâches à exécuter :

  • nombre important d’enfants à gérer, souvent d’âge différents ce qui, lors des activités, est plus difficile à gére
  • positions pénibles
  • tâches multiples amplifiées par des enfants d’âges différents donc avec des besoins différents souvent au même moment. 
  • conditions environnementales (bruit : pleurs cris, jouets bruyants …) 
  • contraintes administratives : la plupart du temps l’assmat gère ses contrats et l’administratf (bulletins de salaire, feuilles de présences, calcul des cp, régularisation de salaire, etc….) à la place de l’employeur. En déchargeant ce dernier de ses obligations l’assistante maternelle se charge d’un très lourd travail administratif puisque ce travail sera alors multiplié quand à lui par son nombre de contrats. Si elle a 5 contrats ce sont donc 5 lourdes  tâches administratives à gérer en plus de son travail.                                                                      
  • Une grande amplitude d’horaire: Pour répondre aux besoins des familles l’assmat travaille sur une très grande amplitude horaire. Basile arrive à 7h  et repart à 17h. Camille arrive à 8h30 et repart à 19h. Diego arrive à 8h et repard à 18h.  L’assmat travaille donc environ 55 h par semaine soit 239h par mois, (parfois beaucoup plus pour un accueil très tôt le matin ou tard le soir)……soit au final 74h de plus qu’un employé qui effectue 35h/semaine.

les problèmes liés aux moyens disponibles pour faire face à la demande

  •  lieu de travail pas toujours adapté ou adapté avec beaucoup de contraintes puisqu’il est le lieu de vie de l’assmat, matériel non adapté  pour un usage continu . Malheureusement le matériel adapté et destiné aux collectivités (lits surélevés, table à langer avec échelle ou avec élévateur électrique, etc….) est bien trop onéreux pour l’assistante maternelle et la prime d’installation de 300 euros couvre à peine les frais d’achats de lit…
  • manque de temps
  • formation insuffisante 

Les problèmes liés au facteur social

  • précarité de l’emploi : l’assistante maternelle se retrouve en règle générale avec un, voire trois licenciement dans l’année (déménagement ou  mutation de l’employeur, enfant qui rentre à l’école. etc…). Elle vit souvent entre 2 contrats des allocations de Polemploi et donc d’un salaire très instable. Stress d’autant plus fort si l’assistante maternelle vit seule.
  • Faibles revenus pour la majorité des assistantes maternelles. En juin 2014, pour une moyenne de 335 heures d’accueil mensuel,  le salaire moyen des 321.000 assistants maternels en activité en France s’élevait à 1.108 euros. Un montant plus faible que le salaire minimum 
  • manque de reconnaissance de la part de la société y compris parfois même au sein des RAM
  • soutien insuffisant des parents
  • Les répercussions du stress sur le corps et le mental sont considérables : tensions musculaires, contractions, usure des disques invertébraux, douleurs accentuées qui entaînent des insomnies, parfois une dépression, un renferment sur soi, une réduction des déplacements……..
  • Des professionnelles « oubliées » car les assistantes maternelles  n’ont a pas accès à la médecine du travail

Un triste constat

L’arrivée dans la vie active se situant actuellement entre 23 et 25 ans, l’âge de la retraite sera donc aux alentours de 66 ou 68 ans pour grand nombre d’entres nous.. Même résistants, les disques intervertébraux lombaires ne tiendront pas ce rythme pendant les 43 ans et bon nombre de professionnelles de la petite enfance seront dans l’incapacité de travailler bien avant l’âge de celle-ci. Terminer précocement son activité professionnelle à cause des douleurs de la colonne vertébrale, des genoux ou des épaules est donc une fatalité pour les assistantes maternelles Non, bien sûr ! Mais c’est malheureusement le lot de bon nombre d’assistantes maternelles actuellement et il faut lutter contre cette situation de souffrance physique et psychologique.  « l’Ecole du Dos de la Petite Enfance » enseigne les techniques de port de charge aux professionnelles de la petite enfance afin de prévenir les risques rachidiens et les TMS. 

Mon programme « J’aime mon dos » :

Je m’informe et je me forme :  pdf Prévention des maux de dos dans le secteur de la petite enfance

                                                        pdf Comment-soulever-les-enfants-les-differentes-techniques 

                                                        formation L’école du dos  à proposer au RAM ou dans le cadre du DIF

                                                        formation Ipéria Gestion du stress et  prévention des risques liés à l’activité option petite enfance

                                                    

J’organise mon lieu de travail et j’investie dans du matériel qui m’apporte une aide

Investir dans du matériel professionnel serait l’idéal mais le prix est souvent exorbitant. Une table à langer avec échelle coûte la plupart du temps entre 2000 et 4000 euros. Je vous ai cependant déniché sur Wesco une table à langer avec escalier à un prix très raisonnable ainsi qu’une échelle escamotable à environ 150 euros (la plupart font au minimum 400 euros). Comme vous le verrez sur les photos, quand à moi,  j’ai un peu triché avec l’achat d’un toboggan à 70€ que j’ai modifié. Puisqu’il est modifié il n’est plus aux normes mais dans le décret « puériculture » je n’ai rien trouvé sur les échelles et marche-pied….  donc je part du principe que les marche-pieds ou escabeaux, chaises de cuisine achetés dans le commerce ne le sont pas et pourtant nous les utilisons pour que l’enfant puisse avoir accès au lavabos… Je me suis assurée cependant, qu’il soit en totale sécurité pour l’enfant. Il est fixé à la table à langer et au lit avec des liens plastiques incassables à la main. J’accompagne l’enfant pour monter et la porte de la chambre est toujours fermée pour éviter un accident. J’ai investie dans un rehausseur de toilette avec marche-pied.

 

On voit souvent la publicité du Hipseat mais comme nous explique Corinne Allegret, assistante maternelle en Dordogne , : « Dans tous les cas, si on y réfléchit bien de porter un poids sur le côté avec ou sans hipseat, cela sollicite la colonne vertébrale.  Qu’on le veuille ou non, on s’appuie sur une jambe et « rarement » sur le dos, réflexe de confort qui justement décale la colonne ! J’ai non seulement une névralgie cervico-brachiale mais surtout une lombalgie ! Mon kiné m’a expliqué les positions à adopter sans solliciter la colonne et les lombaires ! Du haut de mes 1m83, je suis hyyyyper vigilante et  je ne porte quasiment jamais les enfants. Dès lors qu’ils savent marcher je me mets à leur hauteur et tant qu’ils ne le savent pas, c’est tapis et traversin. Pour les soulever je fais des squates et idem pour les reposer au sol ! La chose est simple et sauve « des dos d’assmat’s ». D’ailleurs mon kiné m’a suggéré de proposer son aide lors d’une formation au RAM pour que mes collègues puissent aussi profiter de son savoir !  »

On en a rêvé…..Kiddyboost l’a fait !

pour celles qui font les trajets à pieds et en côte, Kiddyboost va prochainement démarrer la fabrication du premier système d’assistance électrique amovible pour poussette médaille d’or au concours Lépine. Kiddyboost transforme en moins d’une minute votre poussette en poussette électrique pour ne garder que le plaisir des balades avec les petits, jusqu’à 4 km/h et 4 enfants dans une côte à 10%. Le seul hic sera son prix  : 790 euros que seule une élite pourra s’offrir. On lui souhaite bonne route et pleins de bébés en espérant que les nombreuses ventes fassent un peu baisser son prix. 

 

Je soigne et j’adopte les bonnes positions : je vais voir mon ostéopathe. Les pratiques physiques (relaxation, gymnastique douce, stretching) contribuant à détendre et à décontracter les muscles, sont recommandés en cas de tension. En l’ocurence, le Nuad Bo Lann combine toutes ces qualités appliquées. Avec mon kinésithérapeuthe je fais des séances de Nuad Bo Lann! Je met en pratique ce que j’ai appris en formation.

Sur les conseils de mes amies de FB  j’investie dans un  « Tapis Champ de fleurs«  et j’y consacre entre  15 à 45 mn par jour. Merci  donc à Lucile Thieffry CrapetLaeti Titia, Mimy Papillon, Delphine Michel, Nounou Nat, pour vos conseils!

 

 

 

 

 

 

Je me soigne avec les huiles essentielles : je prépare une synergie avec :

 lavande vraie (decontractante musculaire) 8ml

la gaulthérie (anti-inflammatoire) 4ml

romarin à cinéole (drainant des messages inflammatoires) 4ml

 laurier noble ou le thym satureoides (antalgique) 4ml

huile de millepertuis (qui est une huile anti-inflamatoire, anti-douleur mécanique osseuse)  80ml 

(Attention à ne pas s’exposer au soleil 6 heures après l’application car photosensibilisant. A conserver au frais dans l’obscurité.)

Je fais du sport et j’adopte les bonnes attitudes, je muscle mon dos : 

J’opte pour la marche, la natation, le stretching, le Taï-Chi, le QI-gong, le gainage ou gym du dos. 

Tous les sports qui génèrent des pressions importantes sont à proscrire, surtout s’ils nous placent par ailleurs dans une position asymétrique pour le dos. Autrement dit, mieux vaut éviter toutes les activités qui tassent la colonne (course à pied, saut à la corde, cheval, judo), les sports nécessitant des gestes brusques et asymétriques (tennis, squash, golf) et ceux où les chocs peuvent être violents (judo, rugby, football). 

« Mal de dos : faites du sport ! »

Sur Allo docteur  : plusieurs  vidéos dont 2  pour réapprendre à faire des exercices  : « étirements et assouplissements du dos » et « renforcer et muscler son dos »

 

 

sources : Les troubles musculosquelettiques chez l’assistante maternelle  

les pros de la Petite Enfance ;


4 commentaires

Lucie · 4 juillet 2018 à 9 h 39 min

Merci beaucoup pour cet article et ces conseils. On ne pense jamais assez à préserver son corps et particulièrement son dos jusqu’au moment où il commence à être douloureux. Je pense que cela devrait être une priorité pour la PMI. La PMI met en premier lieu l’enfant, ce qui est parfait, mais délaisse trop souvent le bien-être de la nounou.

Bibinou · 20 juin 2018 à 22 h 42 min

Très bel article Marie !!
Le tapis champs de fleurs est vraiment bien ??

Kiddyboost · 20 juin 2018 à 18 h 07 min

Bravo pour votre article très détaillé. Les troubles musculo-squelettiques qui frappent les assistantes maternelles sont au coeur de notre invention. Avec Kiddyboost, plus besoin de pousser, ce qui permet de se préserver sur le long terme. C’est également un vrai confort, même lorsque ce n’est « que » sur le plat avec seulement 2 enfants qui ne marchent pas (c’est déjà 50 kilos dans certains cas avec la poussette, et jusqu’à 100 kilos pour 4 enfants). Que dire de celles qui ne peuvent même plus sortir avec leur poussette tant le poids est devenu un problème.

    mnoelle · 20 juin 2018 à 22 h 25 min

    Merci Kiddyboost. Quand je dis que j’en ai rêvé, c’est « vraiment vrai » . Beaucoup d’entres nous en ont eut l’idée…alors merci de l’avoir créer pour nous.

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